Le fin mot de l'écrit

Quand l’urgence me prend d’écrire, je me rends à mon appart’errance… cette fêlure opportune qui se forme par moment dans la réalité.

05 février 2008

Deux amours ensanglotées

J’ai deux amours blessées entre mes doigts et partout mon présent s’affole à la fois, au point d’être marge à brouillonner, affalée en chien de fusil, au pied d’une page blanche.

Malgré l’ubiquité d’un coeur à mille lieues de se rendre, ce battement duel un jour sera fixé, parce qu’un jour à hauteur nous saurons bien comment le pendre, au plafond suspendu de nos virtualités. En attendant…

J’attendrai avec des mots crus que ton silence cicatrise ; sous la pulsation accusée de mes trahisons assidues, je poserai de toute violence et mon pouls et ma joue sur une page grise, pour recevoir nos confidences et toucher ainsi ce quelque part qui nous est dû.

Les poings liés par deux sensibles lacets, nœud coulissant de métisses solitudes, j’attendrai le prétexte final d’une mise en arrêt, pour couvrir une à une les douteuses certitudes et mieux dénoncer l’innocence infernale de mes lacunes.

Car j’ai, sur mes empreintes, deux amours ensanglotées.

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08 janvier 2008

Impasse

La ville se rue, la rue s’érode, pavée de ces riens
Qui, d’un mortel bien aller, musent, éternels mal venus
Chacun se rode en personne et piste son peu de soutien
Dans un for intérieur, où l’essor humain trotte menu

Les gens passent leur route, chassent chagrins, passent outre
Et j’en passe… sur ce clan de passant destins de foirail
Tandis qu’en cave, je pends mon salut à une poutre
Et que ma sente se cloue au quant-à-soi d’un soupirail

Mon regard déshabille les parages, nus de drame
Par l’embrasure de la trappe, je veux t’apercevoir
Le temps éternue dehors, triste exhalaison de trame
Comme je te vois, chemin faisant, sans même m’entrevoir

S’il faut que l’amour s’écourte, pour que l’amour se passe
Martel en tête, j’allongerai le pas, n’écoutant rien !
Et s’il faut faire les cent riens, pour sortir de l’impasse…

La ville se rue, la rue s’érode, pavée de ces riens

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03 janvier 2008

J'écris pour rire ce drôle d'effet

Pareil à la solitude d’une ronce en terrain incompris, murée contre la morsure d’une ortie, j’écris pour rire ce drôle d’effet.

Si tout cela veut dire quelque chose, ne me dis rien mais, mon amour, veux-tu bien dire à cette émotion qu’elle se manifeste, plus haut que les pointes recourbées d’un porte-ailleurs, plus profondément que le fond farfelu d’un puits d’hallucinations.

Lierre lâche, cramponné au garde-fou d’une fable vivace, vois comme mon mental ondule alentour, attaché à la capture d’un parfum pur, pour des copeaux de santal, fi du charbon de l’abandon ! Fi des crissements de la fibre sur la glace !

Quand tu mets du métal dur à tes syllabes, je deviens acier sentimental, et je me réfugie alors dans une forge, tout feu tout marteau, pour m’y faire un cœur de mailles, en alliage plus serré que mon lierre mental.

J’ai peur à me rompre de voir rouille et mauvaises herbes gagner du terrain incompris ; en pareille solitude, j’écris pour rire ce drôle d’effet.

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09 décembre 2007

Petite renonce

Ferment d'évasion, mais fétu de courte paille

Brin de sort, épars, pilé au gré des semailles

Un étranger se mine dans ses attardements

En tac'tics rebours d'une bombe à retardement

Vue côté pile, pièce écrue ou face double

Tactique éculée, mèche d'un mineur de trouble

Ce joueur sans joie se mire, songeur flegmatique

Dans psyché flouée, d'un regard énigmatique

L'être déambule, reclus, recru, sauvage

A pas feutrés, sur les dalles d'un carrelage 

Coeur casanier dans le dédale d'un corps veule

Esprit de pérégrination quête âme seule...

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20 novembre 2007

Malentendu

Comment te dire le droit que tu as d'être aimée ? Je voudrais oser les mots que d'autres n'ont pas su prononcer.
Les phrases se dérobent indociles, la peur du coeur s'insinue comme je nous sens seule à seule si fragiles, ainsi nues, assises sur ce froid canapé, ainsi campées sur ce dissentiment, partagées aussi dans ce désordre amoureux.

J'aimerais user des mots que je n'ose prononcer. Je peine à lâcher prise, même devant ton chagrin... Je peine à l'abandon.

Voilà que dans la rue, parallèles, nous reculons. Quoi ? voilà que nous parlons en termes de malentendu. Voilà que sur ce canapé et dans cette rue, sans nos regards croisés, sans nos gestes entendus, je ne nous reconnais plus.

Comment te dire que j'ai le droit de t'aimer, malgré les apparences, que tu as celui d'y croire ? Comment malgré ma situation traduire au futur ma version des faits, pour parfaire notre histoire ?

Si seulement, à cet instant précis, j'avais précisément les mots qu'il te faut, ceux qu'il suffit de prononcer, mais qui souvent nous font défaut : "Je t'aime".

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11 novembre 2007

Hors d'atteinte

Je nous voyais hors d’atteinte sur la portée des aléas galants, loin des versants du spectre, des lendemains bleuâtres ou penchants gris souris, mais à la faveur d’un soupir, une note en suspens sème la zizanie ; une vérité criarde qui se défend de pâlir, qui tranche et qui détache sur l’irréalité, soudain fond comme un mensonge surplombant l’auvent fait à notre orangerie.

Soudain donc, il n’est de membrane si naïve que cette évidence qui nous ceint, de cellule plus gracile que le sein ouvert à notre alliance.

Je nous voyais tellement, tellement par laisser-aller, accuser sans maugréer les spasmes du manque, excuser les errements fantasques, libres encore de récuser les cahots de l’absence, au nom d’un je-ne-sais-quoi assassin, quelque création d’esprit qui, de vrai, tue le cœur et qui rend le corps orphelin.

Je vois maintenant combien je pars quand je nous quitte, comme en vain je m’attache ensuite à renouer l’oubli de cette perte, voulant toujours nous savoir hors d’atteinte, avec pour seul attouchement celui de l’alchimie des sens, ceux-là mêmes qui te révèlent substance à mon être.

N’est-il pas, ma tendre, de membrane si naturellement fragile que cette évidence ?

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22 octobre 2007

Exprimer

Désapprendre avec toi mes silences

De cette citadelle impénétrable

Fendre les murs, percer les défenses

Céder la parcelle invulnérable

Coucher les mots avec délicatesse

Et sur le bout des doigts, sans ambages

Entonner par cœur avec caresse

Le refrain de l’amour en partage

Est-ce si dur de te dire « je t’aime » ?

Dois-je avoir peur de rentrer le soir ?

Se départir de s’en sortir indemne

Réapprendre avec toi un fol espoir

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21 octobre 2007

Les remparts

Dans l'enceinte hermétiquement close d'une commune incommunicabilité, sur un air tamisé de violon solo, elles écoutent en choeur suinter les murs.

Et les cordes tendues vibrent sensibles, sur des notes de douleur indélébile quand, à la mesure incommensurable de leurs fictives possibilités, de nouveaux coeurs se murent, pris dans les rets de leur fragilité.

Dans la serre de son jardin secret, sous des dehors vitrés d'impassibilité, chacune témoigne alors de la précarité d'un monde aux épines sans rose ; chacune pleure en paix son terrain inconquis ; chacune appelle discrète le défi de l'autre.

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