Le fin mot de l'écrit

Quand l’urgence me prend d’écrire, je me rends à mon appart’errance… cette fêlure opportune qui se forme par moment dans la réalité.

10 septembre 2008

Lettre à Mamie, 96 ans

NOCE_JUIN_2007_011

Mamie,

Comme le passé vient vite… On n’est pas tant présent. Si tu savais avec quelle bonté mon enfance fredonne chaque séjour colorié auprès de toi. Je ne veux plus avancer, Mamie. Il faut refondre l’horizon, crier sur la vie afin qu’elle creuse à mains nues dans les gestes d’autrefois.

Si tu savais tous ces matins de petite fille où je m’éveille encore, des récits plein mon chevet, le zèle aussi au bord du drap, juste un battement où je m’y crois toujours, quand tu chantais dans la cuisine l’histoire de cette autre fille, cette pas très belle dont il se fout, et qu’on appelait « rien du tout ».

Si tu savais comme je me revois musarder à tes côtés, parmi certains objets combien familiers, occuper sans ennui ce lopin de paix où j’aimais te trouver, fouir dans quelque tiroir bondé de choses a priori inutiles, que tu conservais pourtant jalousement, parce qu’au fond il y a peu à jeter de ces choses inutiles.

Si tu savais comme me reviennent  tes façons d’être et de causer, franche nuance de naturel et de joyeuseté. « Ah, les misérables enfants ! » t’exclamais-tu souvent, face aux incontournables clowneries des diablotins que nous étions. En vérité, quelle misérable je fais maintenant, tandis que dissipés je ne peux plus compter sur ces fabuleux quatre cents coups…

En vérité, quelle enfant je fais maintenant, lorsque je cherche l’accoudoir d’un grand fauteuil, un vélo qui fend le vent, un pion de scrabble, la magie d’un œil bienveillant ou le sourire d’un cheveu grisonnant.

Tu dis que les gens beaux n’existent que dans les films et les romans. Je dis que la beauté, je la sais à travers toi.

Et toi, si tu savais comme…

Comme le passé vient vite… On n’est pas tant présent, on n’a pas tant de mots…

Bien sûr que tu le sais.

Posté par Flaneuse à 18:44 - ECRAN EPISTOLAIRE - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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10 mai 2008

A l'herbe mauvaise

Ma vivace,

Toi que l’on dit folle et mauvaise, que l’on craint de voir poindre parmi les fleurs fragiles, toi que chacun veut sans soin extirper de son précieux jardin, malgré ta robustesse, tu es si peu de chose, mon herbe inutile, face à l’espèce protégée par la filandreuse vanité humaine.

Déracinée au nom d’une culture, même si la main te cueille, c’est pour mieux te détruire, puisque vert parasite, maquis de moisissure, hors des vases fétiches, loin des boutons chétifs, tu es si peu de chose, mon herbe inutile, moins prisée qu’une rose ou qu’un champ de maïs.

Sauvage souvent, rétive aux herbicides, toi que l’on dit chiendent et si envahissante, tu campes hostile entre les pierres des faubourgs désertés, où tu hantes acculée le pavage de l’incurie. Et tu cries aussi exil à l’angle de la stèle des oubliés. Tu es si peu de chose, mon herbe inutile, variété plus ternie que les façades closes de parpaings gris.

Toi que l’on dit goulue et coriace, que l’on sarcle avec hargne pour des plants plus gracieux, toi que l’on prétend évincer des semis trop rangés, bannir des plates-bandes d’apparat, toi qui devrais quitter les allées des parcs et céder, d’autre part, tes pousses et tes friches au bulbe du goudron, tu es bien autre chose qu’une herbe inutile qui, au lieu de périr, recouvre encore quelques sillons fertiles.

Tu as la senteur première de la terre et de la liberté. Et c’est couchée sur toi que je t’écris.

Je crois en toi mon herbe indocile.



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http://coumarine2.canalblog.com/ répondant à la consigne 68

Posté par Flaneuse à 09:21 - ECRAN EPISTOLAIRE - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mai 2008

Lettre d'une simple de coeur

Si ce cadeau ne vient pas de toi, de quoi est ce présent ?

Cette nuit, j’ai entendu murmurer le noir qui me répétait l’impatience des lendemains, j’ai donc attendu avec effroi le froid du jour et le voile du matin...

Si j'ouvrais les volets ? Verrais-je le soleil pointer ? Dis-moi que cela ne tient pas à un grain de pluie, qu'il faut au moins une rafale pour nous essaimer et, quand bien même, que nous lui résisterions à la poigne de nos désirs !

Je nous remémore, ma tendre, dans nos premiers échanges. Penser qu’à une seconde près, à une hésitation, nous nous serions manquées… La vie même concourait donc à nous séduire. Aujourd’hui en sursis, j’épluche les éventualités, toute à cette inclinaison au plus que parfois ; je m'interroge évidemment, quand ta silhouette se détache en finesse, quand tes appels me reviennent. C'est comme ouvrir un volet pour faire sourdre l’intuition.

Les mots se refusent à mes phrases, ils ne veulent pas pleuvoir...

Ils veulent le talent de croire ; ils veulent enfantins dessiner des rayons autour d'un grand cercle jaune, surplombant le toit d'une maison, une cheminée apparente et un nuage de fumée, et puis un long chemin serpentant vers l'avenir, tant arboré d'espoir... Ils veulent un patio à notre raison d'aimer, un jardin à nos attentes.

Les mots s 'interdisent de pleurer sur un écran d'incertitude. A des lignes d'écriture craintive, ils préfèrent la flèche vive d'un "je t'aime" de plein fouet.

Tu souffres mal que l’on s’éloigne à prétendre que les sentiments ne se suffisent pas, peut-être alors vais-je trop loin dans l’idéal ? Moi, je rapporte en souvenance un présent tangible, ramassé sur une  voie jusqu’ici inexplorée, une traînée de joies qui me ramène à Nous bien avant, pour nous rendre bien après…

Je t’aime d’un amour lourd de volonté, puisqu’il soumet ta constance à l’épreuve de l’espace temps et de la distance.

Je t’aime d’un amour lourd de légèreté, puisqu’il soumet ta souplesse d’âme aux aléas des jours sans et des jours avec.

Mais je t’aime d’un amour pur, dans ce qu’il met de vrai et de sensible, malgré "soit". Je t’aime, décidemment, en connaissance de fièvre et de raison.

Souviens-toi comme tout vient de près quand tout porte au-delà, et que rien ne se reproche rien. Souviens-toi dans le détail l’importance que tu as pour moi et la justesse de ce que nous sommes.

Car par-dessus toi, je n’aurai pas d’obscur faux bond, seul l’éclat suspendu à l’improvisé, et la tendresse aussi, toujours essentielle, où viendra se greffer cet accidentel.

Posté par Flaneuse à 12:30 - ECRAN EPISTOLAIRE - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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